Le site du CAIRN : Collectif POUR des Alternatives Innovantes à la Rocade Nord de Grenoble


On a 50 ans devant nous avec le pétrole ?

mardi 23 décembre 2008

Les scientifiques sont beaucoup moins optimistes, et le sont de moins en moins à mesure que la connaissance des réserves pétrolières devient plus précise...

Entendu le 2 décembre 2008 lors d’une des réunions publiques du Conseil général de l’Isère pour "justifier" la création de la Rocade nord : le trafic voiture ne va pas baisser, on a encore 50 ans de pétrole devant nous.

cled12rn_baril Non : nous avons une dizaine d’années pour changer... A-t-on le droit d’hypothéquer l’avenir en continuant à construire des "tuyaux à voiture" ?

Le pic de production de pétrole

Les scientifiques et les compagnies pétrolières savent décrire l’évolution de la production des gisements à partir du début d’exploitation. Le débit augmente d’abord rapidement pendant la phase où on perce les forages et où le pétrole jaillit spontanément sous l’effet de la pression. La production atteint un plateau puis diminue inexorablement, car la pression baisse et le pétrole au fond du puits est plus visqueux.

Un gisement est abandonné avant d’être vide, car il arrive un moment où l’exploitation n’est plus rentable :

  • soit économiquement, car il faut recourir à des technologies plus sophistiquées pour extraire le reste
  • soit énergétiquement, si on doit consommer plus de 1 tonne équivalent pétrole (TEP) d’énergie pour extraire et raffiner 1 tonne de pétrole (1 TEP = 42 GJ = 1,16 MW.h). Ce problème est incontournable : quel que soit le prix du baril, l’exploitation d’une source d’énergie cesse si elle consomme plus d’énergie qu’elle n’en produit.

D’autre part, la découverte de gisements pétroliers s’est fortement ralentie, les terrains favorables ayant été déjà explorés. Depuis 1980, le volume moyen des nouveaux gisements diminue, et on consomme plus de pétrole qu’on n’en découvre.

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Evolution des réserves mondiales.
Source : ASPO, 2004.

Les gisements restants sont ceux dont l’exploitation devient progressivement plus difficile (gisements profonds, pétrole très visqueux,...). A partir de ces données, l’évolution de la production étant similaire pour tous les gisements, il devient possible de modéliser l’évolution de la production et le "pic pétrolier" au niveau mondial. Le même effet se produira pour le gaz naturel un peu plus tard (environ 2030).

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Evolution de la production mondiale de pétrole.
Source : newsletter ASPO 48 , décembre 2004, reprise par Wikipedia. 1 baril = 159 litres soit environ 0,14 tonnes

Ce modèle fut initialement développé par le géophysicien M.K.Hubbert  : il avait annoncé en 1956 le pic de production des USA de 1970. Il avait suscité l’incrédulité, mais les USA, premier pays exportateur de pétrole avant 1970, ont une production en baisse depuis 1971 et sont devenus le premier pays importateur. Les gisements découverts en Alaska n’étaient pas pris en compte par Hubbert, mais leur production baisse depuis 1988... conformément au modèle de Hubbert.

Le pic pétrolier mondial se produira avant que les contribuables isérois aient fini de rembourser l’emprunt Rocade Nord.

Enfin, si la rocade Nord se fait, le pic pétrolier, lui, étant certain. La production de nombreux pays a déjà atteint son pic puis diminué :
- pays encore exportateurs dont la production baisse : Cameroun, Iran, Lybie, Mexique, Nigéria, Norvège, Oman, Syrie, Qatar, Venezuela, Yémen
- pays producteurs devenus importateurs : Egypte, Grande-Bretagne, Indonésie, Tunisie, USA
- et enfin, au grand dam des "optimistes", l’Arabie Saoudite, premier producteur mondial et heureuse propriétaire des plus grosses réserves, a entamé en 2005 sa phase d’exploitation "difficile" (injection d’eau chaude dans une partie des puits). Sa production a commencé à diminuer.

La production mondiale de pétrole devrait atteindre son maximum entre 2010 et 2020, et diminuera ensuite. Elle deviendra durablement inférieure à la consommation actuelle au niveau mondial.

Bien sûr, il y a une marge d’incertitude sur le volume des gisements exploitables, mais cette incertitude diminue depuis 1980, et est devenue relativement faible. Les experts internationaux de l’Association for the Study of Peak Oil & gas convergent maintenant sur cette fourchette de dates 2010-2020 : voir le site officiel l’ASPO - France.

Même l’IEA, agence internationale de l’énergie, qui était auparavant optimiste pour encore au moins 30 ans, admet le risque "que le monde connaisse une crise pétrolière très sérieuse au cours de la prochaine décennie " (rapport Mandil, remis au Premier Ministre le 21 avril 2008). Le PDG de Total estime que le pic pétrolier est déjà atteint.

Changer le type de moteur des voitures ne règlera pas le problème : l’électricité ou les piles à combustibles ne sont pas des sources d’énergie, ce sont des intermédiaires produits majoritairement à partir de combustibles fossiles !

Et il y a 3 certitudes incontestables :

  • sur le plan économique :
    plus le prix du baril est bas, plus le pic arrivera vite.
  • sur le plan énergétique :
    moins on économise de pétrole à court terme, plus la phase de manque (production < demande) arrivera vite.
  • sur le plan environnemental :
    si la consommation mondiale de combustibles fossiles continuait à augmenter de presque 2% par an (+1.8%), les émissions de gaz à effet de serre seraient multipliées par 2 en 2050, alors qu’il faut les réduire d’un facteur 2 d’ici 2050 pour limiter l’ampleur du changement climatique ...

Dessin animé de 1’56" Peak oil - How will you ride the slide ?, sans paroles mais éloquent :


Site d’origine : youtube.com/Oilyboyd ou dailymotion.com/video/x3ov8b...

Et les "bio"-carburants ?

Pour terminer ce rapide panorama, soulignons que les agro-carburants (huiles ou alcools d’origine végétale, aussi dits agro-carburants de première génération) posent 3 problèmes, décrits par J.M.Jancovici , un spécialiste reconnu des questions énergétiques :

  • leur combustion dégage du CO2, gaz à effet de serre , presque autant que les carburants issus du pétrole
  • les agro-carburants sont issus de l’agriculture intensive (et non biologique), laquelle est fortement dépendante de la chimie des dérivés du pétrole. Et malgré cela, pour alimenter l’ensemble des voitures, il faudrait y consacrer une partie des terres agricoles servant à alimenter... des êtres humains.
  • le rendement énergétique de cette filière est trop faible : si on prend en compte toutes les étapes de production, selon les végétaux, on dépense 4 à 10 tonnes équivalent pétrole (TEP) d’énergie pour produire une tonne équivalent pétrole d’agro-carburant (1 TEP = 42 GJ = 1,16 MW.h).

J.M.Jancovici conclut logiquement que la production d’agro-carburants est un complément permettant de mieux valoriser certains produits agricoles, mais restera marginale du point de vue énergétique (quelques % de notre consommation de pétrole).

>> Pour en savoir plus

- article "Pic pétrolier" de Wikipedia, très bien documenté
- Association for the Study of Peak Oil & gas :
— ASPO France en français
— ASPO international plus complet, mais en anglais
- manicore.com, site de J.M.Jancovici , un scientifique qui s’est spécialisé dans l’évaluation des bilans énergétiques
- 2 livres instructifs édités par Grenoble Sciences :
energie_BDurand energie_JLBEHHN
Ces 2 livres sont au catalogue des librairies Decitre  :

  • Energie et environnement de B.Durand est à la fois bien documenté, et abordable pour des non-spécialistes. Il donne une bonne vue d’ensemble du sujet. Lecture recommandée !
  • Energie de demain, ouvrage collectif supervisé par J.L.Bobin, E.Huffer et H.Niefenecker, est plus technique et s’adresse aux lecteurs ayant déjà une formation en sciences physiques (à partir de bacc+2).

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